Le Règne de Louis XVI

Rien ne prédisposait Louis XVI, dernier roi de France de l'Ancien Régime, à affronter la crise finale de la monarchie absolue. Il n'avait ni les qualité de dirigeant ni la passion pour le pouvoir. "Prince de la tradition", plus sensible que nombre de ses prédécesseurs aux malheurs de son peuple mais plus porté vers les plaisirs de l'étude, voire des activités manuelles, il a vu son destin se sceller, malgré lui, à force d'indécision et de revirements.

Haut de Page Un Roi Simple et Erudit L'Alsace au temps de la Révolution Un Dauphin Mal Aimé L'Alsace au temps des Rois de France

Le futur Louis XVI, duc de Berry, naît le 23 août 1754 de Marie-Josèphe de Saxe et du pieux Dauphin de France, Louis-Ferdinand. Troisième petit-fils de Louis XV, il est modestement fêté par la cour, car ses parents portent depuis février 1754 le deuil de leur deuxième fils, le petit duc d'Aquitaine.

A l'image de cette naissance effacée, l'enfance du futur roi se déroule dans l'ombre de son grand frère, le duc de Bourgogne, Dauphin brillant, capricieux et autoritaire, qui accapare tout l'amour de ses parents. Tout destine, en effet, le duc de Bourgogne à être roi. Le sort en décide autrement, puisque le Dauphin s'éteint à Pâques 1761, à l'âge de dix ans. Louis XV et les parents du Dauphin ne se consolent pas de cette perte. Le duc de Berry, désormais héritier direct du trône après son père, ne bénéficie pas pour autant d'un regain d'affection familiale.

Le nouveau Dauphin est d'autant plus délaissé par ses parents que tout en sa personne est ingrat. Maladif, déjà gros à vingt ans, affligé d'un prognathisme qu'il tient de ses ancêtres Habsbourg, il est d'humeur maussade et montre un penchant inquiétant pour la solitude.

Cette difficulté à communiquer est encore renforcée par une éducation austère, hantée par le souvenir écrasant des exceptionnelles qualités du frère défunt. Le duc de La Vauguyon, gouverneur des enfants de la Maison de France, s'applique à lui enseigner un programme bien classique, mélange d'humanités, de morale et de religion.

De cette éducation, le futur Louis XVI garde une grande piété, un goût prononcé pour l'étude mais son principal défaut demeure son incapacité à prendre une décision. En revanche, il excelle dans les plaisirs de la chasse et s'isole de longues heures dans son atelier, où il aime exercer ses talents manuels.

Le Dauphin connaît encore la malchance et la disgrâce dans son mariage. Tenu par les impératifs de la politique extérieure, Louis XV décide de le marier avec Marie-Antoinette, fille de l'impératrice Marie-Thérèse, afin de renforcer l'alliance franco-autrichienne. L'union est célébrée en 1770 mais consommée avec peine par Louis XVI en 1773, voire en 1777 seulement. Le sujet devient prétexte à moquerie et le roi, au regard de ce fiasco conjugal, est bien vite suspecté d'impuissance. Ajoutées à un comportement hésitant, ces affabulations railleuses contribuent à forger l'image d'un roi faible, manœuvré par une Marie-Antoinette trop "autrichienne" pour vouloir le bien du royaume.

Il devient roi le 10 mai 1774 et est sacré à Reims le dimanche 11 juin 1775.

Un Roi Simple L'Alsace au temps des Rois de France

Louis XVILouis XVI a été longtemps caricaturé comme un roi un peu simplet, manipulé par ses conseillers, peu au fait des questions de pouvoir, avec des marottes comme la serrurerie et une passion envahissante pour la chasse. Cette image est en partie due à son attitude envers la Cour. Par ailleurs, le caractère "étourdi" qui lui a quelquefois été attribué peut s'expliquer par une forte myopie, qui ne lui permettait que difficilement de reconnaître ses interlocuteurs.

Louis XVI est en réalité un prince studieux et érudit. Hormis sa passion connue pour la serrurerie, il est féru d'histoire, de géographie et de sciences. Soucieux de contrecarrer les avancées anglaises outre-mer, il fait de la marine une priorité de sa politique étrangère, qui contribuera fortement au succès des indépendantistes américains.

Sur le plan scientifique, il mandate Jean-François de La Pérouse pour effectuer le tour du monde et le cartographier. Il demandera de ses nouvelles jusque sur l'échafaud. Louis XVI favorise également l'implantation en France de la culture de la pomme de terre, la faisant cultiver à proximité de Versailles.

Un Héritage Difficile L'Alsace au temps des Rois de France

Depuis Louis XIV, la noblesse était en grande partie "domestiquée" ; l'étiquette régit la vie de la Cour en faisant du roi le centre d'un cérémonial très strict et complexe. Cette construction de Louis XIV visait à donner un rôle à une noblesse qui avait été jusque-là souvent rebelle et toujours menaçante pour le pouvoir royal : la Fronde l'avait profondément marqué alors qu'il était enfant.

Au sein de la Cour, la participation de la noblesse à la vie de la nation est organisée en vase clos dans un subtil système de dépendances, de hiérarchie et de récompenses. La noblesse est ainsi au service du roi et en attend des récompenses et des honneurs. Même si l'écrasante majorité n'a pas les moyens de vivre à la Cour, les textes montrent bien l'attachement des nobles de province au rôle de la Cour et l'importance que pouvait prendre la "présentation" au roi.

Tout comme Louis XV, Louis XVI éprouve des difficultés à entrer dans ce système. Ce n'est pas par manque d'éducation - il est le premier monarque français à parler couramment anglais - mais inspiré par les philosophes des Lumières, il aspire à trancher avec l'image "Louis-quatorzienne" du roi en constante représentation.

Le refus d'entrer dans le grand jeu de l'étiquette explique la très mauvaise réputation que lui fera la noblesse de la Cour. En la privant du cérémonial, le roi la prive de son rôle social mais cherche surtout à se protéger d'un système, qui le retient prisonnier.

La mauvaise gestion par Louis XV puis par Louis XVI de cette Cour, le refus par les Parlements (lieu d'expression politique de la noblesse et d'une partie de la haute bourgeoisie) de toute réforme politique, ainsi que l'image souvent désastreuse et capricieuse de la reine dégradent peu à peu son image. Il est de plus en pus souvent la cible de pamphlets provenant d'une partie de la noblesse, qui supporte mal le risque de perdre sa place particulière et le décrit non pas comme le roi simple qu'il est, mais comme un roi simplet.

Un Politicien Hésitant L'Alsace au temps des Rois de France

Le règne de Louis XVI est marqué par de nombreuses tentatives de réformes économiques et institutionnelles. Il poursuit avec persévérance la réforme de l'égalité devant l'impôt mais se heurte toujours à l'opposition de la noblesse et d'une partie du clergé. Or, Louis XVI est un légaliste et n'entend jamais excéder les pouvoirs que lui donnent les lois fondamentales du royaume. Il doit donc faire avaliser ses réformes. La convocation des États généraux, où il espère pouvoir faire plier en toute légalité les deux ordres qui le bloquent est le dernier épisode de cette confrontation feutrée.

La torture est abolie sous son règne. De nombreux travaux publics sont lancés, principalement en matière d'assèchements de marais. La France joue un rôle géopolitique prépondérant en Europe. Le roi dote l'armée d'une marine qui rivalise pour la première fois de l'Histoire avec celle de l'Angleterre, notamment lors de la Guerre d'indépendance des États-Unis, où il aide militairement les insurgés.

Louis XVI va concrétiser d'unification des poids et mesures, amorcée par Philippe le Long en 1321, en signant le 8 mai 1790 le projet d'unification des poids et mesures du Royaume de France, proposé par Talleyrand. Suite au rapport de l'Académie des Sciences en 1791, et sur proposition du Chevalier Jean-Charles de Borda, le "mètre" est adopté comme unité de longueur.

Les tâches, réparties entre les savants, Borda, Cassini, Lavoisier et Hauj, aboutissent à la détermination du mètre, de la seconde et du kilogramme, fondements du système métrique actuel, appliqué dans tous les pays du monde à l'exception des Etats-Unis, du Libéria et du Myanmar.

Si le blocage systématique des réformes par la noblesse et le clergé est le problème politique majeur de son règne, le déficit croissant en est le problème économique principal. Le roi pense qu'il ne peut être résorbé que par de grandes réformes écornant certains privilèges mais les États Généraux, convoqués par le Premier Ministre pour tenter de les mener à bien le plus paisiblement possible, échappent assez vite à son contrôle et précipitent sa chute.