La Peste Noire de 1349

La Peste Noire est une pandémie de peste bubonique qui a affecté toute l'Europe entre 1346 et 1350. Ce n'est ni la première ni la dernière épidémie de ce type, mais c'est la seule à porter ce nom. Par contre, c'est la première épidémie de l'histoire à être bien décrite par les chroniqueurs contemporains. On estime qu'elle a provoqué la mort d'au moins un tiers de la population européenne, soit près de 25 millions de victimes.

La Peste Noire arrive en Alsace La Révolte des Paysans L'Alsace au temps du Saint Empire

La Grande Peste de 1349L'Alsace, qui a déjà connu des épidémies de peste, de choléra et de variole aux XIe et XIIe s, est atteinte par la Peste Noire au printemps 1349.

On estime qu'elle a fauché plus d'un quart de la population alsacienne. Etrangement, les Juifs paraissent moins éprouvés par le fléau que les chrétiens. Cet apparent privilège est très probablement dû à une morale sévère, leur interdisant certains excès, ainsi qu'à leurs coutumes alimentaires. Le bas-peuple ne l'entend pourtant pas ainsi. Il donne à la peste une interprétation lourde de menaces pour les Juifs. Ils sont accusés d'avoir provoqué le fléau en empoisonnant tous les points d'eau : sources, fontaines, citernes. Les preuves de leur culpabilité sont faciles à trouver ; des Juifs torturés à Wintzenheim avouent tout ce que les tortionnaires leur demandent.

Les Juifs vivent dans l'angoisse et se cloîtrent chez eux. Le "Stettmeister" de Strasbourg, désireux de les protéger contre les violences de la populace, ordonne la fermeture du quartier juif. Des nouvelles alarmantes ne cessent de provenir des régions voisines, d'atroces massacres endeuillent jour après jour des communautés de Suisse, de Rhénanie et de Haute-Alsace. Les seigneurs alsaciens, inquiétés par ce mouvement dont ils n'ont pas le contrôle, se réunissent en congrès à Benfeld mais se contentent d'appeler au calme.

Du jour au lendemain, la situation des Juifs devient intenable à Strasbourg. Le 9 février 1349, les députés des corporations demandent à l'"Ammeister" - magistrat comparable au maire de l'époque moderne - l'arrestation de tous les Juifs et leur mise en jugement. Il repousse cette requête et tente d'apaiser les esprits déchaînés mais les députés, rendus furieux par le refus de l'Ammeister l'insultent: "Ne le savait-on depuis longtemps vendu aux Juifs ?". Ils sont arrêtés sur-le-champ.

Un seul député du groupe parvient à prendre la fuite et son action est décisive. Sans tarder, il ameute les corporations, qui répondent à son appel en se réunissant, avec la noblesse, place de la Cathédrale. On délibère sur la conduite à tenir envers les juifs. Bouchers et tanneurs sont les adversaires les plus acharnés des Juifs parce qu'ils avaient contracté envers eux des dettes considérables : ils espèrent liquider en même temps créances et créanciers.

Le Massacre de la Saint-Valentin La Révolte des Paysans L'Alsace au temps du Saint Empire

Le Massacre de la St-ValentinLe 10 février marque une étape décisive dans l'évolution de l'émeute strasbourgeoise. Les insurgés se rendent maîtres du gouvernement de la petite république et s'empressent de proclamer la déchéance des magistrats "favorables" aux Juifs.

Le boucher Betschold, connu pour être l'ennemi juré des Juifs, est nommé "Ammeister". A cette nouvelle, de nombreux Juifs quittent Strasbourg à la hâte. La catastrophe paraît désormais inévitable.

Elle se produit le 14 février, jour de la Saint-Valentin. Les chroniques de Clossner et de Kœnigshoffen rapportent le témoignage émouvant d'un compagnon tanneur, qui assista impuissant au massacre.

"Dès l'aube, un vacarme indescriptible remplissait les rues de Strasbourg : c'était le bruit des troupes en marche, avançant au rythme de chants sauvages, accompagnés des cris de femmes déchaînées. Lorsqu'elle eut brisé les barrières qui fermaient l'entrée du quartier juif, la foule se précipita dans le ghetto. Hommes et femmes, enfants et vieillards furent égorgés sans pitié. Dans les maisons incendiées, des familles entières disparurent sans laisser trace."

La Légende de la Corne d'Epouvante La Révolte des Paysans L'Alsace au temps du Saint Empire

Sonnerie des Juifs Une légende raconte qu'en plus d'avoir empoisonné tous les points d'eau, les Juifs furent également suspectés de vouloir livrer Strasbourg à ses ennemis, en donnant le signal de son invasion par le son d'un cor fabriqué à cet effet.

Le jour de la Saint-Valentin, les malheureux Juifs furent conduits dans leur propre cimetière, où plus de deux mille périrent sur un bûcher. L'endroit de cette horrible exécution porte le nom de rue Brûlée ou "Brandgass". En mémoire des "forfaits" des Juifs, le magistrat établit l'habitude d'une "sonnerie des Juifs" dit Judenblas ou Judenblos en dialecte, exécutée par les sonneurs sur la plate-forme de la cathédrale, deux fois chaque jour (à 20h ou 20h30 et à minuit), à l'aide d'un cor ou d'un cornet d'airain, appelé Grüselhorn ou corne de l'épouvante. Ce fait est signalé sur des feuillets imprimés affichés auprès des gardes de l'édifice.

Le Grüselhorn ou Grüsel était long de deux pieds, neuf pouces et demi, et orné des armes de la ville et de l'Oeuvre Notre-Dame ; il pesait environ vingt-six livres. Un cor de ce type se trouve également à Fribourg en Brisgau.